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Notre
Propre Guérison
Extrait de « Healing the Cause » par
Michael Dawson.
Les pages références sont d’«Un
Cours en Miracles»
T=Texte L=Livre d’Exercices M=Manuel des Enseignants
S=Song of Prayer (Le Chant de la Prière) P=
Psychologie (Suppléments UCEM)
Chapitre 5
Si nous décidons de suivre l'avis de l'ego et de tomber
malade, nous nierons dès l'instant suivant avoir pris une telle
décision. Personnellement, je me souviens très nettement
d'un jour où j'ai pris conscience de ce choix qui m'était
offert - tomber malade ou non.
Alors que je parlais à un groupe, je notai les signes
avant-coureurs d'un rhume. Je pensai donc qu'il me faudrait aller
prendre quelque remède, mais j'entendis immédiatement une
« voix » me dire : « Attention ! Si tu fais cela, ton
rhume pourrait bien s'en aller... » Ce fut un choc de
découvrir qu'une partie de moi-même désirait ce
rhume. Je pouvais aussi voir les « avantages » que me
procurerait cette maladie. Je me voyais déjà
pelotonné bien au chaud dans mon lit, avec une pile de bons
livres que je n'avais jamais trouvé le temps de lire. Cela me
donnerait également l'occasion de souffler un peu et de me
reposer de ce que je considérais comme une lourde charge de
travail. Je déterminai de décider
délibérément si j'allais tomber malade ou non. Me
saisissant de mon agenda, je passai en revue les rendez-vous
prévus pour les jours suivants. Je m'aperçus alors que
plutôt que de me mettre au lit, et en dépit de tout
l'attrait des livres qui m'attendaient, je désirais maintenir
ces rendez-vous! Les jours suivants, je ressentis quelques
légers symptômes de rhume, mais sans que cela nuise
à mon travail. Selon la terminologie du Cours, j'avais choisi le
miracle. Cela m'avait permis d'abandonner le système de
pensée de l'ego qui faisait de moi une victime des circonstances
et à la place, de regarder la situation par les yeux du
Saint-Esprit et de me pardonner.
Nous commençons par « regarder » dans notre esprit,
puis projetons ce que nous y trouvons sur les circonstances du monde.
Pour pardonner, à nous-même comme à autrui, il nous
faut choisir de regarder par les yeux du Saint-Esprit, et non par le
système de pensée de l'ego.
Un soir, peu avant de nous endormir, Salice et moi nous sommes
disputés. Mon ego me dit que j'avais été
injustement traité et devrais couper avec elle, en cessant de
communiquer. Apparemment, l'ego de Salice lui avait donné le
même conseil car maintenant, aucun de nous deux ne parlait
à l'autre! Je me levai et me rendis à la salle de bains.
Là, je vis un paquet de cartes reprenant les leçons du
Livre d’Exercices et ressentis l'impulsion d'en prendre une. La
leçon en question avait pour titre - « Je pourrais voir de
la paix au lieu de cela » (L-34). J'enregistrai le sens de cette
phrase et simultanément, une autre phrase du Cours me revint
à l'esprit: « Préfères-tu avoir raison, ou
être heureux? » (T663; T-29.VII.1:9) Je considérai
les deux options pendant un moment, puis décidai - « Je
préfère avoir raison », et reposai la carte.
Malheureux comme les pierres mais fort de mon bon droit et jugeant ma
souffrance justifiée, je retournai me coucher en silence et
m'endormis.
Au réveil, le lendemain matin, je me sentais
séparé de Salice, tout comme elle de moi. En entrant dans
la salle de bains, je me souvins avoir lu la carte d'une leçon
la veille au soir. Par curiosité, je relus le titre : « Je
pourrais voir de la paix au lieu de cela », et me souvins du
choix qui s'offrait à moi - avoir raison ou être heureux.
J'eus envie de partager tout cela avec Salice. Je la trouvai assise
à la table du petit déjeuner, silencieuse; je m'assis
près d'elle. « Je voulais te dire, commençai-je,
que de mon côté, je ne gère pas très bien
cette dispute. » A ces mots, Salice fondit en larmes et nous
avons alors commencé à partager franchement ce que chacun
de nous avait ressenti.
Chacun a ainsi pu comprendre la peur de l'autre, et nous nous sommes
rapidement retrouvés dans un état d'ouverture,
d'attention et de tendresse réciproques. Selon les termes du
Cours, nous nous étions réunis et avions trouvé la
paix. Dans ces moments-là, je me demande toujours pourquoi je
choisis d'avoir raison et non pas d'être heureux. Mais je sais
aussi qu'il me faut maintenant moins longtemps avant de pardonner. Ce
qui jadis m'aurait hérissé pendant des jours peut
maintenant ne durer que quelques heures. Je sais également que
certains sujets qui par le passé m'auraient fait souffrir,
aujourd'hui ne m'affectent plus. Notre progression sur le chemin
spirituel peut se mesurer au nombre de journées passées
à écouter l'ego par rapport à celles où
nous avons le Saint-Esprit.
Un jour, seul le Saint-Esprit emplira notre esprit et il n'y aura plus
alors ni choix ni tentation, car il n'y aura plus deux voix entre
lesquelles choisir. Le décideur aura disparu avec l'ego, et le
Saint-Esprit emplira notre esprit de la sagesse et de l'amour de Dieu.
Nous saurons tout naturellement quoi faire d'instant en instant. C'est
là tout l'objectif du Cours, qui présente cet état
comme étant le monde réel. Pour y parvenir, nous devons
pratiquer le pardon, encore et encore, jusqu'au moment où enfin
nous verrons qu'il n'y a rien à pardonner.
Pardonne au monde, et tu comprendras
que rien de ce que Dieu a créé ne peut avoir une fin, et
que rien n'est réel de ce qu'Il n'a pas créé. Dans
cette seule phrase notre cours est expliqué. Dans cette
seule phrase notre pratique trouve sa seule direction. Et dans cette
seule phrase tout le curriculum du Saint-Esprit est
spécifié exactement tel qu’il est. «Un Cours en
Miracles» (M-54 ; M20.5-7-10)
Comment pardonner ?
Il est impossible de pardonner à quelqu'un d'autre, car ce ne
sont que vos péchés que vous voyez en lui. Vous voulez
les voir là, et non pas en vous. C'est pourquoi le pardon
d'autrui n'est qu'une illusion (Chant de la Prière)(S2.1.4:2-4)
Nous ne pouvons entamer le processus du pardon qu'à partir du
moment où nous voyons combien nous sommes semblable à
celui à qui nous désirons pardonner. A l'inverse, quand
nous ne pouvons pas pardonner à quelqu'un, c'est parce que nous
sommes incapable de nous pardonner ce même problème, bien
que celui-ci puisse prendre une autre forme. Par exemple, une femme ne
supportera pas les explosions de colère de son mari,
elle-même ne se laissant jamais aller à de tels
éclats. Mais si cette femme n'aime pas les emportements de son
mari, c'est parce qu'ils lui renvoient sa propre colère non
pardonnée. Sa colère à elle est en effet tout
aussi forte, mais se manifeste sous une autre forme: quand elle se sent
irritée, cette femme va peut-être se replier sur
elle-même et se couper émotionnellement de ceux qui
l'entourent, réprimant ainsi sa colère ; ou bien elle va
exprimer agressivement sa rage lorsqu'elle se retrouve seule - comme
nous sommes nombreux à le faire quand un autre automobiliste
change de file sans prévenir ou freine brusquement; là,
bien à l'abri dans l'intimité de notre voiture, nous ne
nous privons guère de hurler ou de jurer à ce grossier
personnage!
Le pardon reconnaît que ce qui nous a été fait
(selon notre perception), c'est nous, en réalité, qui
nous le sommes fait à nous-mêmes, car nous sommes la seule
personne à pouvoir nous priver de la paix de Dieu. Nous
pardonnons aux autres ce qu'ils ne nous ont pas fait, non ce qu'ils
nous ont fait, enseigne le Cours, et le vrai pardon reconnaît
dans une attaque un appel à l'amour. Le pardon constitue donc un
renversement de notre perception. Notre seul problème
réside dans notre croyance en la séparation d'avec Dieu;
notre seule guérison réside dans une union par le pardon.
Les trois stades du pardon
Kenneth Wapnick a identifié dans le Cours trois stades, ou
étapes, sur la voie du pardon. Cette classification est fort
utile pour comprendre la nature du vrai pardon.
Tout d'abord, nous devons ramener à nous ce que nous avons
projeté sur le monde et assumer la responsabilité de
notre souffrance (Figure 4.2 ci-contre). Nous faut cesser de pointer
sur les gens et les situations ce doigt accusateur qui leur reproche de
nous avoir blessé, et voir que ce ne sont que des miroirs qui
nous renvoient ce que nous n'avons pas guéri et pardonné
en nous-mêmes. En fait, ces personnes et ces situations
méritent d'être remerciées pour nous avoir
montré ce qui se trouve dans notre inconscient. Sans elles, nous
ne verrions pas les forces qui nous gouvernent.
Le secret du salut n’est que ceci:
que tu te fais cela à toi-même. Peut importe la forme de
l'attaque, cela reste vrai. Qui que soit qui prend le rôle de
l'ennemi et de l'attaquant, c’est encore la vérité. Quoi
que ce soit qui semble être la cause de n’importe quelle douleur
ou souffrance que tu ressens, cela est encore vrai. Car tu ne
réagirais pas du tout aux figures dans un rêve, si tu
savais que tu rêvais. Laissez-les être aussi haineuses et
méchantes qu’elles le veulent; elles ne pourraient pas avoir
d’effet sur toi, à moins que tu ne manques de reconnaître
que c’est ton rêve.
(T-630; T-27.VIII.10)
Nos attaques ne se limitent pas aux personnes qui ne se comportent pas
« comme il faudrait » et agissent manifestement à
partir de leur ego. Nous sommes également capables d'attaquer
des êtres qui ne nous ont rien fait. Récemment, j'ai
regardé à la télévision un documentaire sur
la vie de Mao Tsé-toung. Au moment de la révolution
culturelle, il incita les classes ouvrières à rechercher
et persécuter les figures d'autorité. Dans un certain
village, les habitants se trouvèrent confrontés à
un grave problème: ayant déjà tué le
seigneur du village plusieurs années auparavant, comment
allaient-ils pouvoir obéir ? Le documentaire précisait
que les paysans avaient tué plus d’un million de notables
après l'arrivée de Mao au pouvoir. Mais les villageois se
souvinrent que le seigneur avait un fils. Bien que celui-ci n'ait
occupé aucune fonction de pouvoir ou d'autorité dans le
village, vivant comme l'un d'entre eux, ils allèrent le chercher
et le torturèrent jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Cette anecdote illustre nettement le besoin de notre ego de trouver la
faute à l'extérieur de nous-même. Nous voulons
trouver le péché dans le monde, de façon à
avoir quelque chose sur quoi accrocher nos projections. Si nous
regardions pleinement le système de pensée de l'ego et
son absurdité, nous ne lui obéirions plus. C'est parce
que nous ne regardons pas profondément en nous que l'ego peut se
perpétuer; et comme il le sait, il nous exhorte à
rechercher la cause de notre détresse dans le monde.
Le Cours nous rappelle que « ...
pour l'ego, les non coupables sont coupables » (T257;
T-13.11.4:2). Usurper le pouvoir de Dieu, détruire le Ciel et
remplacer la création de Dieu, tout cela est un
péché - nous devons nous sentir coupable. Ne pas
éprouver de culpabilité revient à invalider l'ego
et lui dire que sa création est une illusion. Si, comme
Jésus, nous ne nous croyons pas coupable, nous commettons
là le plus grand péché possible contre l'ego,
péché qui à ses yeux mérite la mort. C'est
pourquoi Jésus a été tué, bien qu'il n'ait
fait de mal à personne.
L'ego nous incite à attaquer tout le monde, que ces personnes
nous aient ou non attaqué. Il faut que nous voyions le
péché dans le monde, pour ne pas avoir à nous
interroger sur le système de pensée de notre ego. C'est
pourquoi nos journaux et nos informations
télévisées regorgent de mauvaises nouvelles. C'est
cela que nous voulons lire et voir, de façon à pouvoir
dire: « Ce sont eux les méchants, pas moi. Ce sont eux qui
méritent le châtiment de Dieu, pas moi. Ce sont eux qui
provoquent la souffrance dans le monde, pas moi. »
Toutefois, en recherchant activement des ennemis au-dehors, nous
renforçons la culpabilité enfermée dans notre
esprit, bouclant le cercle vicieux de culpabilité et d'attaque
de l'ego. Il est si difficile de sortir de ce piège que sans
l'aide du Saint-Esprit, nous ne pourrions jamais y parvenir. Mais avant
que le Saint-Esprit puisse guérir notre esprit, il nous faut
d'abord découvrir ce qui a besoin d'être guéri. Si
nous pensons que le problème se trouve dans le monde et non en
nous, le Saint-Esprit ne peut rien pour nous.
Cependant, quand nous découvrons qu'il n'y a rien ni personne
à blâmer « dehors » et que le problème
se situe en nous, un nouveau piège nous attend: nous allons
généralement culpabiliser - et cela, parce que nous
prenons la décision d'écouter notre ego, lequel a une
très mauvaise opinion de nous. Nous devons nous sentir coupable
pour nos péchés, insiste l'ego qui tient à ce que
nous prenions au sérieux le monde de la séparation. Il
est très facile de tomber dans le piège du jugement tendu
par l'ego. Or la culpabilité appelle le châtiment, et
cette pensée nous empêche de nous libérer de notre
souffrance. Pour l'ego, peu importe que nous rejetions la cause de
notre malheur sur le monde ou sur nous-même: dans les deux cas,
nous renforçons notre croyance dans son système de
pensée, assurant ainsi sa survie - et c'est là tout ce
qui lui importe.
A la seconde étape du pardon (Figure 4.3) nous commençons
à voir combien nous sommes attaché à notre
culpabilité. Lorsque nous commençons à rompre avec
notre statut de victime, nous avons véritablement l'impression
de nous immoler et nous allons vouloir nous accrocher à notre
colère, notre jalousie ou notre envie.
La culpabilité a beau être douloureuse, nous la
connaissons bien et nous la préférons à la
responsabilité accrue qui nous incombera lorsque nous perdrons
notre attachement à être une victime. A ce stade, nous
pouvons choisir de décider que la culpabilité ne nous
sert plus et que nous voudrions la voir disparaître. Mais nous
sommes tellement identifié à notre faux moi, notre ego,
que nous ne savons pas comment nous défaire de notre
culpabilité. A titre d'exemple, imaginons un couple dont la
femme reproche au mari d'être jaloux.
La femme est irritée contre son mari, elle ne supporte pas son
tempérament jaloux. Le mari nie, affirmant que ses soi-disant
crises de jalousie ne sont que des manifestations d'amour. La femme est
exaspérée par la possessivité de son époux,
mais inconsciemment cela lui plaît et la flatte car elle voit une
preuve d'amour dans ce besoin maladif qu'il a d'elle. Un jour, le mari
découvre que ce sont ses propres pensées
d'insécurité qui suscitent sa jalousie et que sa femme
n'est pas la cause de son chagrin. Il voit aussi que s'il se pardonne
et laisse sa jalousie s'en aller, sa femme risque de penser qu'elle a
perdu son « amour », et que cela pourrait bien mettre fin
à leur relation. Là, son ego va s'engouffrer dans la
brèche et lui conseiller de rester jaloux afin de ne pas tout
perdre.
Le mari se retrouve maintenant devant un grave dilemme car à ses
yeux, permettre à sa jalousie de s'en aller équivaut
à signer son arrêt de mort. Ce deuxième stade du
pardon peut être plus difficile à franchir que la prise de
conscience requise à la première étape. Si
malgré tout cet homme choisit d'écouter le Saint-Esprit,
il comprendra que la guérison de sa jalousie le fera progresser
vers la paix. Sa femme le quittera peut-être, mais il aura
préparé la voie pour rencontrer désormais des
personnes qui ne confondent pas jalousie et amour.
Notre petit désir de changer, de modifier notre perception,
ouvre la voie à la troisième étape du pardon. A ce
dernier stade, nous permettons au Saint-Esprit de dissoudre notre
culpabilité, par Sa lumière et Sa paix. La prière
ci-dessous, que le Cours nous exhorte à utiliser chaque fois que
nous ne sommes pas joyeux, contient les trois étapes du pardon.
J'ai dû prendre la mauvaise
décision, car je ne suis pas en paix.
J’ai pris la décision
moi-même, mais je peux aussi prendre une autre
décision.
Je veux prendre une autre
décision, parce que je veux être en
paix.
Je ne me sens pas coupable, parce que
le Saint-Esprit défera toutes les
conséquences de ma mauvaise
décision si je Le laisse
défaire.
Je choisis de Le laisser
défaire, en Lui permettant de décider de choisir Dieu
pour moi.
(T96; T-5.VII.6-7-11)
Les deux premières phrases de cette prière
décrivent la première étape du pardon, nous
invitant à assumer ce que nous ressentons. Si la paix nous a
quitté, c'est parce que nous nous en sommes privé- non
parce qu'on nous en a dépossédé. La
troisième phrase renvoie à la deuxième
étape du pardon - La décision a été prise
de voir nos péchés comme des erreurs qui peuvent
être corrigées. A ce stade, nous cessons d'écouter
ce que nous dit l'ego – que nous sommes coupable et méritons
d'être puni - et choisissons à la place de faire
guérir nos erreurs. La dernière phrase de la
prière décrit comment le Saint-Esprit va venir
guérir notre esprit dès que nous L'aurons invité
en nous (Figure 4.4, page suivante).
Les deux premiers stades du processus de pardon nous incombent. Au
premier, nous reprenons nos projections et cessons de juger le monde.
Puis nous cessons de nous juger et demandons de l'aide, ouvrant ainsi
la voie au troisième stade qui, lui, est pris en charge par le
Saint-Esprit. Nous avons convié Sa lumière dans
l'obscurité de notre culpabilité et Il la dissout par Sa
seule présence, tout comme une pièce obscure ne peut
rester dans le noir si l'on allume la lumière. Cette analogie
nous permet d'ailleurs de constater que c'est la lumière qui est
réelle, l'obscurité n'étant que l'absence de
lumière. Il est en effet impossible d'introduire une «
lumière noire » dans une pièce lumineuse pour
assombrir cette pièce ; mais on peut emplir de lumière
une pièce sombre.
Chaque fois que nous acceptons d'inviter le Saint-Esprit dans notre
esprit, le monde de ténèbres de l'ego ne peut que
disparaître dans le néant - ce néant qu'en
réalité il est. Il est souvent difficile de se souvenir
que l'amour du Saint-Esprit est toujours présent, attendant de
répondre à toute demande d'aide authentique. Par contre,
il est très facile de se laisser piéger à croire
que nous devons régler nous-même tous nos
problèmes. Notre ego est fermement convaincu qu'il sait comment
procéder.
Le Cours, cependant, affirme exactement le contraire: tout ce que
sait faire l'ego, c'est créer des problèmes et si nous
voulons connaître la paix, nous devons solliciter une aide
extérieure à son système de pensée. Ce
troisième stade du pardon nous rappelle que seul le Saint-Esprit
peut nous aider. La seule responsabilité qui nous incombe
consiste à comprendre que nous nous sommes privé de notre
paix et que nos pensées erronées peuvent être
corrigées par le Saint-Esprit, pour peu que nous L'invitions en
nous.
J'ai vécu il y a quelque temps une expérience qui
illustre ces trois étapes du pardon. Je souffrais depuis deux
jours d'une douleur dans la poitrine. Cette douleur n'avait rien de
nouveau, je l'avais déjà ressentie de nombreuses fois au
cours de ma vie. Elle apparaissait lorsque je me sentais injustement
traité, et pouvait se prolonger trois jours durant. Cette
douleur faisait peser sur moi un intense sentiment de tristesse et de
lassitude. Allongé sur mon lit et me demandant pourquoi je
devais encore en passer par là, je décidai de chercher
avec sincérité quels «avantages » j’en
tirais - car je savais qu'il ne pouvait en être autrement en
cette situation.
Ce nouvel état d'esprit ne tarda pas à
révéler un plaisir exquis, celui de m'apitoyer sur mon
sort, mêlé au désir de fermer mon cœur afin que
l'on n'attende plus de moi de tellement me dévouer pour les
autres. Je ressentis alors que je ne voulais plus porter cette douleur
et que j'étais prêt à la laisser partir ;
j'étais prêt à accepter la responsabilité
accrue qui allait en découler - et qui désormais ne
m'apparaissait plus comme un sacrifice. Cette douleur ne me servait
plus, je pouvais la rendre. Je concentrai ma nouvelle vision des choses
et mon consentement dans la région du cœur et offris la douleur
au Saint-Esprit. Je lui demandai de la prendre, sachant qu'il aurait de
la joie à la recevoir. A ma grande surprise, la douleur disparut
en moins d'une minute. Pour être franc, je craignais qu'elle ne
revienne à tout moment. Mais il n'en fut rien, et je n'ai plus
jamais connu une telle douleur persistante dans la poitrine. Je me
souviens avoir vu des panneaux publicitaires portant le message suivant.
« Remettez vos fardeaux au Seigneur. » C'est
totalement impossible, m'étais-je alors dit, cela ne peut pas
fonctionner. C'était à moi, je n'en doutais pas, de tout
régler dans ma vie. Mais au fur et à mesure qu'ont grandi
ma perception et ma conscience du Saint-Esprit, j'ai compris quel amour
Il doit nous porter et comment Il voit nos activités; comme une
mère dont l’enfant fait un cauchemar. La mère ne condamne
pas le contenu du cauchemar, et s'efforce de réveiller son
enfant le plus doucement possible. Comme Dieu aimerait encore plus, si
seulement nous Le laissions faire, enlever ces cauchemars que nous nous
sommes fabriqués! Pour pratiquer le pardon, nous devons d'abord
cesser de juger le monde, puis cesser de nous juger nous-même.
Ainsi nous réduirons les défenses de l’ego et l'amour et
la lumière du Saint-Esprit dissoudront automatiquement notre
culpabilité.
Quand, par la pratique du pardon, nous nous serons autorisé
à nous réveiller des cauchemars de notre ego, nous
découvrirons que nous sommes toujours le même, tel que
Dieu nous a créé, éternel et parfait, et que rien
ne peut nous blesser. Dans ces conditions, que restera-t-il à
pardonner ? Comme il est écrit dans le Cours : « ... et
que dans le pardon complet, où tu reconnais qu'il n'y a rien
à pardonner, tu es absous complètement - (T- 343;
T-15.VIII.1:7). Mais cette prise de conscience - que le pardon est une
illusion - ne survient pas avant la fin du processus de pardon.
Tant nous croyons être séparé de Dieu, le pardon
est une illusion utile, qui nous éveillera de toutes les
illusions
Notre résistance au pardon
Les personnes qui commencent à étudier le Cours croient
souvent qu'en pratiquant ses enseignements, leur vie va
immédiatement devenir plus douce et plus sereine. Mais il n'en
est pas toujours ainsi. L'on peut même, en fait, avoir le
sentiment que, loin de s'améliorer, les choses ne font
qu'empirer. En effet, avant de pratiquer les principes exposés
dans le Cours, ces personnes avaient probablement coutume
d'écouter la voix de l'ego et de nier leur culpabilité,
pour ensuite la projeter sur leur entourage. Or maintenant, elles
essaient de rendre conscient leur inconscient, première
étape du processus qui va rompre le déni et offrir leur
culpabilité à la lumière du Saint-Esprit afin
qu'Il la pardonne. Devenir conscient des ténèbres de
notre ego n’a rien d'aisé ni de confortable.
Les principes de pardon décrits dans le Cours sont relativement
simples à comprendre et nous serons grandement
récompensés de leur mise en pratique. Mais il est tout
aussi vrai qu'il est très difficile pour la plupart d'entre nous
de reconnaître notre souffrance et de demander de l'aide. Pour
nous aider à en comprendre la raison, le Cours s'attarde
longuement sur l'habileté et la sournoiserie de l'ego. Car le
mur de déni que nous avons érigé nous laisse dans
une ignorance aveugle de sa façon de fonctionner. Le Cours nous
convie donc à regarder derrière ce mur et à
apprendre à rire gentiment de ce que nous y trouvons.
En pratiquant le pardon, nous atténuerons l'importance que nous
avons octroyée à l'ego. Mais nous nous sommes tellement
identifié à son système de pensée, que nous
avons l'impression de sacrifier quelque chose qui nous est très
cher. Comme nous exposerons nos ténèbres (les illusions)
à la lumière (la vérité), nous passerons,
nous dit le Cours, par des périodes troublées». Il
est impossible d'échapper à ces temps de
déstabilisation, de tourments et d'angoisse lorsque nous passons
du système de pensée de l'ego (le désordre)
à celui du Saint-Esprit (l'ordre).
D’abord, ils [les enseignants de
Dieu] doivent passer par ce qui pourrait être appelé une
«période de défaire». Cela n'a pas besoin
d'être douloureux, mais d’ordinaire c'est ainsi que
l’expérience est ressentie. C’est comme si des choses leur
étaient enlevées, et il est rarement compris au
début, que c’est simplement leur manque de valeur qui est
reconnu. (M9; M-4.1.3-.1-3)
Cette citation est extraite d'une section décrivant les six
étapes du développement de la confiance. Jésus
nous prévient qu'en règle générale, quatre
d'entre elles paraissent difficiles et qu'il ne faut pas sous-estimer
les défis qui jalonnent la croissance spirituelle.
Il convient donc de regarder de plus près notre investissement
dans l'ego et ce qu'il semble nous offrir. Notre pratique du pardon
deviendra plus facile au fur et à mesure que nous commencerons
à remettre en question les « cadeaux » qu'il nous
tend. L'ego nous dit que nous sommes la personne la plus importante du
monde. Nous avons des besoins spéciaux qui doivent être
satisfaits et nous sommes en droit d'avoir recours à n'importe
quel moyen pour y parvenir. Selon le Cours, ce « bon droit
» prend sa source dans une croyance absurde - ces choses dont
nous avons besoin nous manquent parce qu'elles nous ont
été volées (voir « Les Lois du Chaos
», chapitre 23 du Texte). Cette conviction enregistrée
dans notre inconscient justifie l'usage de tous les moyens pour
reconquérir ce qui, pensons-nous, nous revient de droit. Le
pardon enseigne tout autre chose: nous avons échangé le
souvenir de notre réalité spirituelle contre
l'expérience de l'individualité - le besoin de se sentir
spécial et différent des autres.
Notre décision d'oublier notre vraie condition, un état
d'unité au sein de l'Esprit Un de Dieu, ne pouvait que donner
naissance à la rivalité et au jugement. Pour maintenir
notre sentiment d'individualité, nous devons continuellement
nous comparer aux autres et chercher des différences. Si nous
rencontrons quelqu'un qui d'une façon ou d'une autre semble
meilleur que nous, nous devons, soit en faire un ennemi, soit le placer
sur un piédestal et donner l'impression de le tenir en grande
estime. Cependant, à un niveau plus profond de notre esprit,
nous le détesterons d'être meilleur que nous. «
Seuls les particuliers peuvent avoir des ennemis, car ils sont
différents et non les mêmes. Et toute espèce de
différence impose des ordres de réalité, et un
besoin de juger auquel il est impossible d'échapper », dit
le Cours (T.536; T-24.I.3:5-6, Lorsque nous rencontrons une personne
que nous jugeons inférieure à nous, il existera un
désir de maintenir cette personne dans son
infériorité afin de pouvoir, par comparaison,
paraître supérieur. Voici comment le Cours décrit
cette dynamique :
Face à la petitesse que tu
vois en lui, tu te tiens grand et majestueux propre et honnête,
pur et sans souillure par comparaison avec ce que tu vois. Et tu ne
comprends pas non plus que c'est toi-même que tu diminues
ainsi. (T-538; T-24.11.1.6-7)
Cette citation nous rappelle donc que lorsque nous faisons des
comparaisons et attaquons nos frères, c'est également
nous que nous attaquons. Et comme nos attaques sont toujours
axées sur le corps ou le comportement de quelqu'un d'autre,
notre croyance dans la réalité du corps est
renforcée et notre conscience de l'esprit, affaiblie.
« Tu voudrais t’opposer à ce cours parce qu'il t’enseigne
que toi et ton frère êtes pareils», déclare
le Cours (T-537; T-24.1.8.6). Le pardon nous enseigne en effet que nos
ego sont tous semblables, tout comme notre nature de Christ. Or c'est
bien là la dernière chose que souhaite entendre notre
ego. Pour conserver son désir d'être spécial, l'ego
doit absolument percevoir des différences entre lui et les
autres. Quand vous êtes invité à une soirée,
vous n'avez aucune envie de voir un autre invité arborer la
même tenue que vous!
Notre désir originel de nous séparer et d'être
différent de Dieu se perpétue dans notre désir
d'être séparé des autres. Le pardon abolirait cette
pensée et finirait par nous rendre la conscience de notre
unité avec Dieu et nos semblables. Pour l'ego, il s'agit
là d'un acte de trahison qui mérite d'être puni. Le
retour de cet état d'unité dans notre conscience
signifiant sa mort, l'ego doit le combattre de toutes ses forces.
Tout ce que tu fais trompe l'ego,
surtout lorsque tu réponds au Saint-Esprit parce qu’alors sa
confusion augmente. Par conséquent l'ego est
particulièrement susceptible de t’attaquer lorsque tu
réagis avec amour, parce qu’il ta évalué comme
étant non aimant et tu vas à l’encontre son jugement.
L'ego s’attaquera à tes motifs dès qu'ils ne
s’accorderont nettement plus avec la perception qu’il a de toi. Son
incertitude s'étant accentuée, il passera alors
brusquement de la méfiance à la malveillance. (T-l89;
T-9.VII.4:4-7)
Il peut parfois nous arriver de nous sentir ouvert à l'amour du
Saint-Esprit et empli d'un profond sentiment de paix et de
bien-être. Nous allons même jusqu'à penser que cet
état ne disparaîtra jamais. Mais le lendemain matin, nous
nous réveillons déprimé, nous sentant seul, et
nous nous demandons pourquoi les choses ont tellement changé.
L'explication de ce revirement est très simple. Notre ego nous a
entretemps persuadé qu'il est dangereux de continuer à
écouter le Saint-Esprit. Il est plus sûr pour nous de
rester tel que nous sommes, nous rappelle-t-il, car changer demandera
un sacrifice; pire encore, il y a au bout du chemin un dieu vengeur qui
nous attend, prêt à nous punir de tous nos
péchés. Si nous suivons le chemin du pardon, poursuit
l'ego, il nous faudra regarder les ténèbres et toute
l'horreur qui règnent dans notre esprit, et nous ne survivrons
pas à cette expérience.
Le chemin qui mène au pardon n'a rien d'aisé, mais son
succès est garanti par Dieu car c'est Sa volonté que nous
revenions à Lui.
Le faux pardon
Aucun don du Ciel n'a
été plus mal compris que le pardon. A vrai dire, le
pardon est devenu un fléau; une malédiction - alors que
ce devait être une bénédiction; une cruelle
dérision de la grâce, une parodie de la sainte paix de
Dieu. (Le Chant de la Prière,
S-2.1.1.1-2)
Le livret Song of Prayer (Le Chant de la Prière) décrit
un certain nombre de concepts erronés mais courants à
propos du pardon, regroupés sous l'appellation de «
pardon-qui-détruit » forme de pardon que l'on pourrait
appeler « plus-saint-que-toi ». La personne offensée
adopte une attitude de supériorité spirituelle et
d'apparente charité, et décide de « pardonner
» à l'individu inférieur qui l'a froissée.
« Parce que mon cœur est bon, lui dit-elle, je te pardonne ce que
tu m'as fait, mais ne recommence pas. » Toutefois, celui
qui pardonne » ainsi ne voit pas que le
problème se trouve en lui et perd une occasion de se
guérir de ce que l'autre personne lui renvoie.
Le «pardon-qui-détruit,
revêt de nombreuses formes, car c'est une arme du monde de la
forme. Ces formes ne sont pas toutes manifestes, et certaines sont
soigneusement dissimulées sous ce qui ressemble à de la
charité.
(Le Chant de la prière- S-2.11.1.1-2)
Autre forme de faux pardon - le « saint martyr ».
Là, la personne est persuadée d'être un
pécheur et de mériter la punition de Dieu, qu'elle
accepte sans se défendre et avec toutes les apparences de
l'humilité. Cette attitude n'indique cependant qu'une seule
chose: que cette personne croit en l'ego et non en Dieu, car seul l'ego
nous dit que nous avons péché. Nous cherchons parfois
activement à être martyrisé, afin de pouvoir
afficher notre «sainteté» aux yeux de tous. Reste
que derrière une façade d'acceptation souriante, grondent
la colère et l'amertume que nous ressentons envers l'autre
personne. L'ego utilise ainsi le faux pardon pour renforcer notre
croyance en lui.
Une autre forme de «pardon-qui-détruit» repose sur
le marchandage et le compromis. Tant que l'autre personne satisfait la
plupart de nos besoins, nous sommes prêt à lui pardonner
ses transgressions à notre égard. Mais quand nos besoins
ne sont plus satisfaits, il n'y a plus aucune raison de lui pardonner
et notre haine refoulée remonte à la surface sous la
forme d'une attaque.
Les relations sacrées
Quand tu t’approches d'un
frère, tu t’approches de moi ; et quand tu t’éloignes de
lui, tu m’éloignes de toi. Le salut est une entreprise qui
repose sur la collaboration. Il ne peut pas être entrepris avec
succès par ceux qui se désengagent de la
Filialité, parce qu'ils se désengagent de moi. Dieu ne
viendra à toi que lorsque tu Le donneras à tes
frères.
(T-73;T-4.VI.8:1-4)
Les relations sont nécessaires pour nous montrer ce qui a besoin
d'être guéri sous nos armures de déni. Ceci
s’applique à toutes les formes de relation. Chaque fois que nous
entrons en contact avec une autre personne, c'est une occasion qui nous
est donnée de regarder en nous et d'oublier nos illusions sur
nous-même. Sans ce miroir que nous offrent les autres, il serait
impossible de découvrir toute la culpabilité que nous
avons niée. Cette culpabilité que tout un chacun porte en
lui est profondément ensevelie dans notre esprit et
protégée par un rempart de déni. Et pour nous
défendre encore davantage, nous projetons ce que nous nions sur
le monde, et plus encore sur nos semblables.
Ce n'est pas nous qui avons un problème, nous dit l'ego, mais
ceux avec qui nous sommes en relation. Pour le Saint-Esprit, ces
mêmes personnes sont nos professeurs, car sans elles il serait
impossible de voir ce que nous avons nié. Nous avons besoin de
quelque chose qui soit extérieur à notre esprit
fermé pour nous montrer ce qu'il s'y trouve réellement.
Mais quand on nous montre quelque chose de nous-même que nous
n’aimons pas, notre ego nous avise d'attaquer l'autre personne: c’est
comme si nous lancions une brique dans une glace parce que nous
n'aimons pas ce que nous y voyons !
Dans l'Antiquité, on utilisait des messagers pour transmettre
les nouvelles importantes aux représentants du pouvoir. Il
n'était pas rare, quand la nouvelle était mauvaise, que
le messager soit exécuté. Pour ne pas assumer ce que le
message provoquait en eux, ces hauts personnages projetaient la cause
de leur souffrance et réagissaient comme s'ils avaient
été attaqués par le messager. Tout pareillement,
nos amis, nos ennemis, nos parents, amants, employés ou enfants
nous apporteront constamment des messages exprimant ce que nous avons
nié de nous-même et que nous leur reprochons.
Chaque fois que nous ressentons la moindre irritation en
présence de quelqu'un, c'est que notre culpabilité
cachée a été éveillée. Si, au lieu
d'attaquer cette personne, nous demandions au Saint-Esprit de nous
aider à retrouver la paix, nous briserions le système de
pensée de l'ego. Notre désir d'une relation
spéciale de haine serait converti en un désir d'une
relation sainte. Alors, l'autre personne n'est plus notre ennemi, mais
est devenue notre enseignant.
Sans toutes ces personnes agissant comme des miroirs à ce qui
est verrouillé dans notre inconscient, nous aurions beaucoup de
difficultés à détecter tout ce qui a besoin
d'être pardonné en nous. Mais quand nous assumons nos
sentiments, nous commençons à voir, avec l'aide du
Saint-Esprit, que ce qui nous dérange dans le monde n'est rien
d'autre qu'une réflexion de ce qui nous dérange à
propos de nous-même.
Se comporter avec autrui de façon responsable et en abandonnant
nos défenses, dans une rencontre faite de
sincérité, de pardon, d'union et d'intérêt
partagé (se réveiller du rêve de la
séparation), c'est cela que le Cours appelle une relation
sainte. Nous avons invité le Saint-Esprit dans notre relation.
Un tel comportement est très difficile à maintenir, car
il est à l'opposé de celui conseillé par l'ego. Il
n'en reste pas moins que nous pouvons nous donner pour but de vivre une
relation sainte et chercher à maintenir ce cap, tout en
acceptant que nous allons maintes fois suivre le conseil de l'ego et de
nouveau attaquer.
Ceci est tout particulièrement vrai au début d'une
relation sainte, alors que l'ego cherche à nous convaincre de
revenir à la relation particulière d'amour ou de haine
que nous entretenions jadis. Tandis que le but de notre relation passe
peu à peu de « particulier » à « saint
», nous aurons souvent l'impression d'avoir perdu quelque chose
d'important. « Mais où sont donc passées la romance
et la passion ? » s'écriera l'amant. Ou bien le fils ou la
fille dira. « Mes parents étaient tout pour moi, et
maintenant ils ne semblent plus rien avoir de si spécial!
» Quand notre désir d'avoir des personnes
particulières dans notre vie commence à
disparaître, l'ego nous préconise de revenir à ce
qui jadis semblait si bien fonctionner.
La relation sainte, étape
majeure vers la perception du monde réel, est apprise. C'est
l'ancienne relation non sainte, transformée et vue à
nouveau. ( ... ) La seule phase difficile est le début. Car
là, le but de la relation est brusquement changé en
l'exact opposé de ce qu'il était. (…) Ceci s'accomplit
très rapidement, mais il semble ensuite la relation est
perturbée, désaccordée et même très
pénible. (...) Beaucoup de relations ont été
rompues à ce stade et la poursuite de l'ancien but a
été rétablie dans une autre relation(…). Tu
trouveras de nombreuses occasions de blâmer ton frère pour
«l'échec» de votre relation, car il semblera
parfois qu’elle n’a pas de but. le
sentiment d’errer sans but viendra te hanter en te rappelant toutes les
voies par lesquelles tu as cherché satisfaction auparavant et
pensé l’avoir trouvée, et n'insuffle pas la vie à
ton ego défaillant.
(T-388/389/390 ; T-17.V:2)
Kenneth Wapnick a souligné un point qu'il importe de bien
comprendre : la relation sainte est certes une attitude que nous
développons vis-à-vis d'autres personnes, mais il n'est
pas indispensable d'être deux pour vivre ce mode de relation.
Pour m'aider à reconnaître la véracité de
cette déclaration, je m'imagine échouer sur une île
déserte. Me serait-il alors impossible, n'ayant personne autour
de moi, d'avoir une relation sainte ? Cette occasion de croissance me
serait-elle alors interdite? Non. Car si je comprends que l'important,
c'est mon état d'esprit vis-à-vis des souvenirs qui me
restent de ceux qui peuplaient ma vie, je vois bien que le pardon dont
j'ai besoin est toujours nécessaire. De la même
façon, si une personne que je déteste venait à
mourir soudainement, je pourrais toujours atteindre une relation sainte
avec cette personne si j'apprenais à me pardonner.
Peu importe que votre partenaire ne partage pas votre recherche
spirituelle. Il peut même manifester son hostilité envers
vous, mais rien ne vous empêche d'entretenir une relation sainte
avec lui. Apprendre à trouver la paix auprès d'une
personne remplie de colère ne peut qu'accélérer la
croissance. N'entendons cependant pas par là que nous devions
rester avec quelqu'un auprès de qui nous ne nous sentons plus en
accord! Le Saint-Esprit ne se soucie pas de la forme de la relation -
nous pouvons aussi bien rester ensemble que nous séparer; ce qui
lui importe, c'est que nous apprenions nos leçons de pardon.
Jésus vit une relation sainte avec tout le monde, que la
personne soit engagée ou non dans une relation sainte avec lui.
C'est pour cela qu'il a pu rester serein tout au long de sa capture, de
son procès et de sa crucifixion. Même quand les soldats
lui enfonçaient des clous dans le corps, il ne pouvait voir que
des Fils de Dieu endormis et en mal d'amour. Cet amour, il le leur
donna en ne les attaquant pas, en ne se défendant pas. Se
sachant esprit sans forme et éternel, et non un corps, il savait
qu'il ne pouvait pas être attaqué et n'avait donc nul
besoin de se défendre. Ce n'est que lorsque nous nous
identifions au corps que nous avons besoin de nous défendre.
Quand nous en viendrons à prendre conscience de notre vraie
nature et à voir que « Rien de réel ne peut
être menacé » (Introduction, Texte), nous
connaîtrons la même paix que Jésus.
J'ai entendu un jour une histoire qui illustre avec force ce que sont
réellement le pardon et une relation sainte. A la fin de la
Seconde Guerre Mondiale, alors que les Alliés libéraient
un certain camp de concentration, ils découvrirent un prisonnier
qui semblait relativement en bonne forme, compte tenu de ce qu'il
venait de vivre. Ils supposèrent qu'il ne se trouvait dans ce
camp que depuis peu de temps. Lorsqu'il leur apprit qu'il était
là depuis quatre ans, ils le soupçonnèrent de
collaboration avec les Allemands. Cependant, quand ils virent tout le
respect que lui témoignaient les autres prisonniers, ils se
dirent qu'il devait y avoir une autre explication. Ils lui
demandèrent donc de raconter son histoire.
Pendant la révolte des Juifs dans le ghetto de Varsovie, il
avait été capturé avec sa femme et ses enfants.
Les soldats avaient exécuté sa famille sous ses yeux,
mais l'avaient épargné. Il les avait supplié de le
tuer lui aussi et ils avaient refusé, expliquant que sa
connaissance des langues pourrait être utile au camp de
concentration. A ce moment-là, il avait su que s'il ne leur
pardonnait pas, et donc ne se pardonnait pas lui-même, il
deviendrait comme Hitler. Cet acte de pardon lui avait permis de
percevoir la peur qui imprégnait les soldats et d'y voir un
appel d'amour. Il avait accepté le jugement du Saint-Esprit.
Durant toutes ces années passées au camp, il n'avait
jamais perçu aucune différence entre victimes et
bourreaux. L'un ou l'autre, tous vivaient dans la peur, tous
demandaient son amour. Il n’avait pris le parti ni d'un
côté, ni de l'autre, voyant tout le monde de la même
façon. Ceci lui avait permis de conserver sa paix et sa force
intérieures, en entretenant une relation sainte avec tous ceux
qu'il rencontrait.
Cette histoire illustre aussi le fait que rien dans ce monde n'est bon
ou mauvais, mais simplement neutre. Il n'existe rien qui ne puisse
être utilisé par le Saint-Esprit comme une salle de classe
où apprendre le pardon, la paix et la joie.
Tu n'as aucune idée de
l'immense délivrance et de la paix profonde qui viennent d’une
rencontre totalement dépourvue de jugement avec toi-même
et avec tes frères.
(T50; T-3.VI.3-.1)